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Les éditions commune

Livres d'artistes et de chercheurs

La parole perdue et retrouvée de Marc Scialom

Publié le 2 Avril 2015 par Les éditions commune in publication

Cinéma hors capital(e) Numéro 4

"Lettre à la prison" a été réalisé en 1969, entre Tunis et Marseille, sans aucun soutien. Marc Scialom a dû s'arrêter avant le tirage d’une copie et seule une copie de travail a été retrouvée. Ce film est un témoin inégalé à ce jour de l'histoire de l'immigration en France : un film de fiction, d'une grande qualité artistique, qui articule la réalité objective et la subjectivité la plus profonde. Le film a été retrouvé par Chloé Scialom, fille de Marc Scialom et réalisatrice elle-même. Il a été restauré à L'Immagine ritrovata, le laboratoire de restauration de la Cineteca de Bologne sous la responsabilité de Jean-François Neplaz pour le collectif Film flamme.

"Film incandescent, film rescapé, Lettre à la prison est le grimoire halluciné d’une expérience intime de l’immigration. Une œuvre hors norme, dont la modernité trouve sa filiation du côté de Buñuel, Jean Vigo, Pasolini, un cinéma de poète, d’images fulgurantes; un cinéma de montage, de greffes, d’incidentes, de collision et de stases, où l’univers onirique et la vérité documentaire (du même registre parfois que celle du Jean Rouch de La Pyramide Humaine) se conjuguent pour mettre en scène l’expulsion de soi-même qu’opère la condition d’immigré. Dans la frontalité d’un gros plan saisissant, une petite tunisienne au visage maladroitement maquillé, concentre crûment dans son regard qui nous fixe l’assignation qu’elle a déjà appris des regards occidentaux. La lettre que Tahar adresse (en un off brut) à son frère emprisonné exprime ses vacillements au contact brutal du sol français, où les suspicions nourrissent fantômes et hantises. Articulant «la réalité objective et la subjectivité la plus profonde», Marc Scialom construit un récit d’une grande charge émotionnelle dont la force narrative tient au dévoilement progressif d’une culpabilité programmée." Cati Couteau, membre de l’Acid

"Ce film n’existe pas. Au regard de l’Histoire (celle que consignent les « manuels » comme si les sentiments se devaient d’être « pratiques »). Il n’est pas. Il naît. Oublié, honnis par une intelligentsia post-soixante-huitarde qui avait à l’époque d’autres chats à stigmatiser. Du reste, en ces années 69-70, le film s’appelait Le Chien. Pas de quoi s’étonner qu’il prit son monde à rebrousse poil. Ce film n’existe pas puisqu’aux dires de son réalisateur, ce n’est qu’un « brouillon », une « maquette » comme on dirait aujourd’hui, destiné – tu parles ! - à séduire quelques mécènes ou producteurs. Mais à la même époque, tourner l’histoire d’un Tunisien qui débarque à Marseille dans lequel l’onirisme ne se départi jamais d’une véracité toute documentaire n’intéresse aucun bailleur de fonds en comble. Ce film n’existe pas puisque suite à ces fins de non recevoir, son réalisateur, Marc Scialom, remisera les bobines dans son garage, rendra la caméra comme l’on rend les armes et deviendra prof, quelque part en Vaucluse. Ce film existe encore, il est là, aujourd’hui. Non pas « re » découvert mais bel et bien dévoilé avec ses fulgurances qui débordent de l’écran à chaque plan ou presque. Un film poème, foncièrement méditerranéen qui navigue entre Tunis et Marseille, entre l’eau, la terre et le feu, entre la vie de solitude et le nécessaire partage. Lettre à la prison quitte donc l’enfer de son occultation et déboule avec sa force âpre et ses instants suaves à faire chavirer son monde et, comme naguère en son temps la redécouverte du Rendez-vous des quais, remit les pendules à l’heure d’une Histoire du septième art qui se devrait d’être à la hauteur, donc épidermique. Tout commence par un visage de femme masqué par sa longue chevelure. Tout se termine par un sillage de paysage vu à travers la vitre d’un train. Entre ces deux espaces vont se nouer et se délier sentiments, émotions, rêves et réalité, cauchemars et vrais faux semblants. Lettre à la prison, sous son faux air de film épistolaire s’en vient finalement brûler la littérature. Film de l’exil, il s’enracine, cependant, bien profond dans tout un pan de la cinématographie qui ne demande qu’à être dépiauté avec l’infime précaution du chercheur de pépite au cœur de la scorie. Imaginons un instant le Bunuel de Los Olvidados télescopant le Glauber Rocha de Antonio das Mortes, le Michel Poicard de A bout de souffle croisant sur la Canebière le Soukou Camara de Concerto pour un exil. Un étonnant et détonnant brassage, métissage qui fait coaguler rituels liturgiques et sabbat profane dans une Marseille filmée viscérale, hantée par des cariatides féroces et sillonnée par de jeunes et jolies filles qui prennent le temps de savourer un cornet de glace. Ce sont tous les désirs de cinéma(s) - donc passionnels - qui affleurent dans un hyper-surréalisme d’une puissance, littéralement, manifeste. On pourra, certes, en vouloir à ceux qui, ayant vu Lettre à la prison il y a une trentaine d’année ont décidé ex-cathedra de l’excommunier. Mais on aura surtout à cœur de se porter aux côtés de tous ceux qui aujourd’hui travaillent à la réhabilitation de ce « brouillon » de film qui est en réalité un bouillant cinéma." Claude MARTINO  (Magazine Cinéma, novembre 2005)

 

Textes de Marc Scialom, Saad Chakali et Jean-François Neplaz / Format 13x18, 208 pages, 31 ill., DVD encarté des films Lettre à la prison (1969-1970, 16mm, 70'/restauration en 2008) et La Parole perdue (1969, 16mm, 8'), accompagnés d'un Entretien avec Marc Scialom, film de Franck Déglise-Bougherra (2006, 11') / ISBN : 979-10-91248-08-2 / prix livre-DVD 25 €

Biographie, Marc Scialom, né en 1934 à Tunis : « L’enseignement et le journalisme m’ont d’abord tenté. Simultanément j’ai essayé de faire des films. Il n’y en a guère eu que deux ou trois – à peine des ébauches. Le moins inabouti a été un court-métrage en 35 mm sur Dante, Exils, produit en 1966 et qui a obtenu un Lion d’argent à Venise en 1972.  Quant au plus ambitieux (qui fut aussi le moins bien reçu à l’époque), ç’a été un long-métrage en 16 mm tourné à Marseille, Lettre à la prison (1970). Après 1970, ayant rencontré décidément trop de difficultés dans le cinéma, je suis revenu à l’enseignement. Doctorat d’Etat obtenu tardivement : j’avais plus de quarante ans. J’ai été chargé de cours à la Sorbonne, puis maître de conférences d’italien à l’Université de Saint-étienne. Entre autres travaux universitaires, j’ai rédigé une traduction de la Divine Comédie publiée par Le Livre de Poche (1996, 3 rééditions). Mais depuis longtemps je me voulais aussi romancier. La retraite m’en laisse enfin le loisir. J’avais déjà publié, en 1967, un court roman intitulé Loin de Bizerte (Mercure de France). Et cette année-ci, j’ai achevé un second roman plus ample, Les autres étoiles, publié chez  Artdigiland. Je m’attelle maintenant à l’écriture d’un conte fantastique traitant des thèmes qui continuent de me tenir à cœur, l’exil, l’humiliation. »

Ouvrage publié avec le concours financier du Conseil régional Provence-Alpes-Côte d'Azur, de la Ville de Marseille, avec le soutien de Film flamme-Polygone étoilé et de Shellac.

Vous pouvez également commander les autres ouvrages de Marc Scialom chez Artdigiland, Dublin

 

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